DODGE LA FEMME 1955

Ecrit par René St-Cyr | 2013-07-10

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Dès le début de l’histoire de l’automobile, au cours des années vingt, les compagnies d’automobiles orientaient leurs publicités vers le public féminin. Ford, entre autres, publiait des dépliants montrant une femme au volant d’une Ford T, en insistant lourdement sur le fait que la Ford était d’une simplicité désarmante à conduire, exempte de bruits d’engrenages torturés par de mauvaises manoeuvres. Au cours des années cinquante, l’approche était différente. On donnait des noms féminins à différents modèles de voitures. Pontiac offrait la Parisienne, Chevrolet, la Impala Martinique, Cadillac, la Eldorado Seville Baroness. Chez Chrysler, on poussa encore plus loin, en 1954, avec le lancement de la La Comtesse, avec un toit de plastique transparent. Elle était peinte en rose, avec les côtés du toit peints en gris. Prudent, ils offraient également une contre partie masculine, avec la Chrysler Le Compte, qui était semblable à la première, sauf qu’elle était de couleurs bronze et noir, afin de faire ressortir sa masculinité.

Les deux étaient construites sur un châssis de New Yorker Deluxe Newport, motorisé par le V-8 de 235 ch, avec la transmission automatique PowerFlite. Sans doute encouragé par la réception obtenue par les deux voitures concepts, qui avaient fait le tour des Salons de l’automobile tenus aux États-Unis, chez Dodge, on décida de maintenir le mouvement de libération de la femme, si j’ose dire. C’est ainsi qu’en 1955, Dodge allait de l’avant, en offrant une voiture s’adressant directement à une clientèle strictement féminine. Dodge a donc été la seule compagnie d’automobiles, à offrir une voiture, avec une bourse pleine de produits de beauté, poudrier, houppette, miroir, etc. en équipement de base... Chez Chrysler, l’année 1955 marquait un jalon dans son histoire. Pour la première fois, les carrosseries avaient un dessin profilé. La silhouette dite des trois boites avait été abandonnée. En fait, son dessin était tellement différent, qu’il n’avait aucun lien de parenté, avec celui plus haut et plus angulaire, des années antérieures. Tout à coup, les produits Chrysler 1954 étaient devenus des antiquités.

La carrosserie avait été allongée, les flancs étaient devenus lisses, le toit, mieux profilé, était moins massif. Les ailes arrière se terminaient par des ailerons plutôt discrets. Ces ailerons grandiront en 1956, pour exploser, en 1957. Sur le capot, une fausse entrée d’air enjolivée de chrome trônait à l’avant. La calandre était séparée par un pilier central. Elle était traversée par deux barres chromées, de part et d’autre du pilier. Elles se terminaient en épousant la forme des ailes avant. Elles étaient ornées de trois ailettes chacune. Les feux de position étaient logés à leurs extrémités. À l’intérieur, l’environnement est complètement nouveau. La planche de bord était asymétrique, avec les instruments de bord groupés vers la gauche, en face du conducteur. Ceux qui avaient commandé une transmission automatique eurent la surprise de voir le levier de changement de rapports migrer de la colonne de direction vers la planche de bord, à droite du volant. Comme toutes les autres marques, les produits Chrysler étaient chaussés sur des pneus sans chambre à air. L’empattement des Dodge avait été augmenté à 120 pouces, en 1955. La nomenclature des modèles offerts avait été simplifiée. Elle débutait par les Coronet, six et V-8, suivies des Royal et Custom Royal V-8. Les modèles deux portières, à toit rigide, portaient le nom de Lancer, tout comme la décapotable Custom Royal.

Au Canada, la hiérarchie débutait avec la Crusader, suivie de la Regent, de la Mayfair et de la Custom Royal. La Lancer décapotable pouvait être importée des États-Unis. Et pour la première fois, un moteur V-8 était offert. Comme les Dodge Canadiennes étaient en fait des Plymouth déguisées, leur empattement était de 115 pouces seulement. Dodge présenta ses modèles 1955 le 17 novembre 1954. Pour appuyer ce lancement, une foule de brochures furent distribuées. Elles avaient comme point commun de représenter des Dodge accompagnées de personnages féminins, avec quelques fois des hommes en arrière-plan. Visiblement, la clientèle féminine était dans le collimateur du Département des ventes, en montrant à ces dernières comment il était facile pour une femme de conduire ces grosses machines. En plus, c’était également une préparation de l’arrivée de la Dodge La Femme. Après que la décision fut prise de mettre ce concept sur le marché, les planificateurs y allèrent avec beaucoup de précautions. Ils débutèrent par un sondage d’opinion tenu du 17 au 29 janvier 1955, au Salon International qui se tenait dans l’édifice Chrysler, à New York. Sur place, on présentait les nouveaux modèles des produits Chrysler, dont la nouvelle Chrysler 300. Une partie du local était occupée par les différentes couleurs extérieures et les tissus des intérieurs. Était également présente une Dodge Custom Royal Lancer La Femme, qui ne manquait pas d’attirer l’attention des femmes visitant ce Salon. Les concepteurs de cette voiture avaient concocté des intérieurs dans le but avoué de séduire, plaire et flatter la Femme moderne, qui n’était plus astreinte à rester dans sa cuisine, condamnée aux tâches ménagères, de l’aube au crépuscule. Devant les réactions positives de ces femmes libérées, la décision fut prise de produire la Dodge La Femme. Les concessionnaires en furent avisés par courrier le 7 février 1955. Elle fut lancée au printemps 1955. Elle était offerte en tant qu’option à 145,30 $, à ajouter à l’achat d’une Dodge Custom Royal Lancer, à toit rigide, deux portières, à 2 543,00 $. (3 308,00 $ au Canada). Le grand jeu de la séduction avait été déployé pour attirer les femmes. À l’extérieur, le toit et le haut de la carrosserie étaient peints rose bruyère, alors que le bas était blanc-saphir. À l’intérieur, la voute était soit rose, soit blanche. La sellerie était de vinyle, de couleur bouton de rose, alors que les tapis étaient bourgogne. Afin de bien identifier la voiture, le nom La Femme était apposé sur les ailes avant et sur le coffre à gants. Chez Dodge ont poussa la séduction jusqu’à fournir, à ces gentes dames, deux sacs à main. Ces derniers étaient fixés aux dossiers des sièges avant. Dans celui de gauche se trouvaient une imperméable, un parapluie, un bonnet imperméable, afin de garder les cheveux bien au sec. Dans celui de droite, qui était un sac à main à l’épaule, se trouvaient un poudrier, une houppette, un bâton de rouge à lèvres, un briquet, un étui à cigarettes et un peigne. Ainsi, une femme pouvait faire face à tout imprévu. Chez Dodge, La Femme était une option. Il est donc impossible de savoir combien de Dodge La Femme furent vendues. Sur les 506 972 Dodge Custom Royal Lancer vendues, en 1955 et 1956, environ 56 500 étaient des Lancer à toit rigide. Ainsi, selon les experts en la matière, le chiffre de production se situerait entre 300 et 1100. Il semble que la réponse pleine d’enthousiasme donnée par les femmes qui visitèrent le Salon de l’auto de New York, en janvier 1955, n’avait été qu’une montée de lait. Pour employer un langage vernaculaire, les bottines n’avaient pas suivi les babines... Notre vedette est l’une de celles qui ont été assemblées au cours de l’année 1955. Elle a fait les frais d’une très belle restauration, exécutée par Messieurs Danny et Michaël Beaupré de la firme Restauration Cent points.  

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